Chery a achevé l’acquisition de l’ancienne usine Nissan de Rosslyn, près de Pretoria, donnant au premier exportateur automobile chinois une base manufacturière existante en Afrique du Sud. Le groupe compte y produire des hybrides rechargeables, des véhicules électriques à batterie et des modèles Jetour, passant d’une présence commerciale à une production industrielle locale.
L’achat permet d’accéder plus rapidement à la fabrication que la construction d’une usine neuve. Rosslyn apporte le terrain, l’infrastructure et une main-d’œuvre automobile pouvant être adaptée aux nouveaux produits, même si convertir un site de moteurs thermiques aux véhicules électrifiés reste techniquement exigeant. Le prix, l’investissement de reconversion, la capacité future et un calendrier ferme n’ont pas été divulgués.
Chery n’arrive pas sur un terrain vide. Beijing Automotive Group exploite déjà une unité de fabrication et d’assemblage à Gqeberha, tandis que Great Wall Motor dispose de capacités locales d’assemblage et de distribution de composants. La production chinoise demeure néanmoins embryonnaire sur le continent, et Rosslyn marque le remplacement d’un constructeur historique par un propriétaire chinois sur un site établi.
La pression stratégique vient des deux extrémités de la route commerciale. Les usines chinoises peuvent produire davantage de véhicules que le marché intérieur n’en absorbe, alors que droits de douane et résistance politique augmentent en Europe et en Amérique du Nord. L’urbanisation africaine, l’essor de la classe moyenne et la demande de modèles abordables rendent la production locale attractive pour éviter des taxes et rapprocher les stocks.
Afrique du Sud, Maroc, Kenya, Éthiopie et Ghana figurent parmi les marchés les mieux placés grâce à leur capacité industrielle, leurs politiques de soutien ou l’amélioration de leurs réseaux électriques. L’Éthiopie interdit les importations de véhicules fossiles et réduit les droits sur les électriques assemblés localement. L’Afrique du Sud propose ristournes douanières, crédits liés à la production, aides directes et avantages fiscaux aux véhicules électriques et à hydrogène.
L’enjeu industriel dépasse l’assemblage final. Les usines locales peuvent stimuler fournisseurs de pièces, réseaux de recharge et batteries tout en réduisant les droits inclus dans les véhicules importés. La grande usine de batteries prévue au Maroc, le lithium du Zimbabwe et la stratégie africaine des minerais verts dessinent une chaîne régionale transformant davantage de ressources et conservant plus de valeur avant exportation.
La sécurité énergétique renforce cet argument tout en révélant sa principale limite. Beaucoup d’économies africaines importent des carburants raffinés, épuisant leurs devises et pesant sur budgets et monnaies; des électriques locaux pourraient réduire cette dépendance. Une adoption large exige toutefois une électricité propre, fiable et abordable, ainsi que des bornes situées là où conducteurs et flottes peuvent réellement les utiliser.
Rosslyn donne donc à Chery un ancrage concret, pas un système manufacturier africain garanti. Les prochains tests porteront sur l’ampleur et le rythme de la reconversion, les premiers modèles produits, la part de composants locaux et la stabilité fiscale et douanière. D’ici là, l’acquisition reste une plateforme stratégique dont l’impact industriel doit encore être exécuté.